Hitler et Paul même combat

Le journal « La Croix » a publié un dossier sur Michel Onfray, Hitler et le christianisme en transcrivant une interview par Elodie Maurot en Août 2018 d’un historien , Johann Chapoutot, niant la thèse de Michel Onfray sur la correspondance de Paul et d’Hitler dans leur approche des juifs sous prétexte que les nazis n’aimaient pas Paul de Tarse, voyant en lui l’ancêtre d’un marxisme égalitariste. Claude Berger, auteur de Blanchir Vichy? (Wern éditions) et de « les siècles aveugles de la Gauche perdue » (Safed) et récemment de « Pourquoi l’antisémitisme? » (Editions de Paris) éclaire les mutations d’une matrice culturelle chrétienne qui, de Paul de Tarse à Chrétien de Troyes et à Voltaire, à Marx et à Proudhon, à Rebatet et à Céline n’en finit pas de muter dans l’inconscient culturel. Il est secondé par un article de Zeev Hazony qui démonte la pauvreté de l’argumentaire qui vise à épargner Paul de Tarse de toute approche critique et par là de toute responsabilité dans la fabrication d’une idéologie qui enfanta toute de même de l’inquisition parallèlement à un discours compassionnel.

Oui, Michel Onfray : Hitler et Paul même combat ?

Claude Berger*

« C’est pourquoi je crois agir selon l’esprit du Tout Puissant, notre créateur, car en me défendant contre le juif, je combats pour défendre l’œuvre du Seigneur ». Cette phrase est tirée de « Mein Kampf » et son auteur, c’est Hitler. Il y affirme le lien entre sa foi chrétienne qui lui a été transmise et son antisémitisme radical. S’il y a un sujet digne d’intérêt pour la compréhension des événements tragiques de l’histoire, des bûchers de l’inquisition au décret espagnol du sang impur et du port de la rouelle à la Shoah comptable d’un million cinq cent mille enfants assassinés, c’est bien la mise au jour et l’étude de la façon dont fonctionne ce lien. C’est précisément ce que veut éviter à tout prix Johann Chapoutot dans une interview parue dans La Croix a contrario de Michel Onfray qui –il n’est pas le seul- le rappelle à l’évidence. Auparavant Léon Poliakov avait démystifié l’omerta qui règne sur le sujet : «On croit deviner les raisons pour lesquelles l’érudition du XXe siècle préfère se taire sur les diatribes anti-juives d’un Voltaire ou d’un Kant, d’un Proudhon ou d’un Marx » et « de se demander s’ils n’expriment pas une orientation essentielle de la pensée occidentale ». Il en concluait que « c’est à la théologie…que revient le rôle primordial (celui d’une infrastructure si l’on veut) dans les mutations de gauche ou de droite de l’antisémitisme »*. Quelle est donc cette infrastructure qui va subir des mutations pour passer du nazisme au bolchévisme ? De l’inquisition à l’expulsion ? De la haine aux pogromes ? Chaque peuple se cherche une origine et un chemin de vie, une conception de la parentalité, de la sexualité, de la reproduction, de la spiritualité et de la mort, chaque peuple antique se trouve des dieux père et mère « à l’origine » ou bien des dieux multiples. Le judaïsme rompt avec cette tradition. Le statut de Dieu est celui d une puissance céleste aussi inimaginable que le statut de l’infini du cosmos ou celui de l’infini du temps, sans aucun rapport avec un quelconque anthropomorphisme. Les ancêtres sont des gens faillibles, en recherche, imparfaits et mortels et non pas des êtres divins. Le christianisme inventé par Paul après la mort de Jésus qu’il n’a pas connu, dissident du judaïsme et proche des cultes agnostiques et des cultes à mystères, rétablit une parentalité projetée au ciel : Une mère vierge, une conception immaculée et un Fils divin, sauveur du péché originel. On peut y décrypter la projection au ciel d’un amour incestueux de la mère et du Fils Dieu accompagné d’un meurtre symbolique du père réel. L’inceste étant interdit dans toutes les sociétés, il s’ensuit un tabou sur l’acte de chair qui est qualifié de péché originel, «hostile à Dieu » au même titre que les juifs sont déclarés « hostiles » à Dieu et « ennemis de tous les hommes »(Thessaloniciens 1,2). En refusant l’eucharistie, le juif reste donc porteur du péché originel, tout en étant attaché au père réel qui, lui, assume l’acte de chair. Selon la Cabale, cet acte se doit d’être un acte de communion entre Dieu, la femme et l’homme, à la condition que celui-ci accueille enfin son côté féminin refoulé, pour être ainsi à l’image de Dieu «  mâle et femelle » et que l’union soit aussi celle de leurs âmes.

Le schéma paulinien de l’immaculée conception et du couple Vierge et Fils-Dieu pur et sauveur du péché originel par le moyen de la fusion eucharistique engendre une équation mystérieuse de quatre termes :

1 /Le juif est à l’origine de la chute par le maintien du péché originel.

2/ il est un corps étranger sale et visqueux comme le sperme du père hors du ventre de la mère,

3/ il complote pour rétablir le pouvoir du père satanique: « Vous avez pour père le diable, et vous voulez accomplir les désirs de votre père »est-il écrit dans Jean 8.

En conclusion, 4/ il faut l’éliminer : « Que seulement disparaisse celui qui fait obstacle, et alors se révélera l’impie que le Seigneur détruira du souffle de sa bouche et anéantira de l’éclat de son avènement »… « L’apparition de cet impie se fera par la puissance de Satan » (Thessaloniciens (2,2,7,9).

Le rejet de l’acte de chair réputé satanique, suscite une pulsion de mort ou pour le moins une pulsion d’éviction du juif de la scène. Tel est pour le moins, la conséquence du schéma paulinien qui invite également l’esclave à ne pas se révolter du fait qu’au ciel les derniers seront les premiers (a contrario du principe judaïque de sortir de l’esclavage.).

Cette équation mystérieuse fonctionne et a fonctionné comme une véritable matrice culturelle de formation des individus et n’agit pas, loin de là, uniquement par les textes mais par les rapports hommes-femmes, parents enfants, et par une conception de la sexualité et de la parentalité à la façon d’un petit lait maternel. Au final cette matrice engendre un inconscient culturel qui détermine les comportements et les opinions politiques et que l’on peut détecter aujourd’hui dans l’antisionisme et dans l’antisémitisme actuel

Ce sont les mutations sécularisées de cette matrice que nous devons suivre pour comprendre le façonnement du discours hitlérien et nazi :

« Le juif…est et demeure le parasite type, l’écornifleur qui, tel un bacille nuisible, s’étend toujours plus loin sitôt qu’un sol favorable l’y invite. Là où il se fixe, le peuple qui l’accueille s’éteint au bout de plus ou moins longtemps…Il empoisonne le sang des autres, mais préserve le sien de toute altération…sa raison d’être est de réduire en esclavage, et par là, d’anéantir tous les peuples non-juifs… » : Hitler, ( Mein Kampf)

Le juif à l’origine de la chute, le juif comploteur, le juif corps étranger, le juif qu’il faut éliminer…tout y est.
Bien évidemment , en contrepoint, le discours chrétien est riche d’amour fusionnel, asexué, de pureté, d’esthétique et de compassion, un auteur célèbre en avait pris la défense, tout en défendant la légitimité du peuple juif sur la terre d’Israël, il s’agit de Chateaubriand dans Génie du christianisme. Mais l’équation mystérieuse issue de la matrice culturelle paulinienne n’avait pas révélé ses futures mutations. Celles qui allaient formater les « chrétiens germaniques » précurseurs du nazisme, celles qui allaient marquer les grands auteurs de la gauche Marx, Proudhon, Fourier , Bakounine sans que jamais les adeptes n’analysent les effets de leur antisémitisme sur leurs propres théories. Il est temps de démonter l’équation mystérieuse d’autant que cette équation n’est pas altérée par la matrice culturelle islamique en matière de sexualité, de parentalité et d’antisémitisme.

Et cette équation mystérieuse n’en finit pas d’agir dans les sphères politiques, dans la presse et dans les médias, dès qu’il s’agit des juifs, d’Israël et des événements du monde proche-oriental. A quand une mise sur le divan de l’inconscient culturel ?

Ah oui ? Paul ? Sachez qu’un auteur, Hyam Maccoby , l’a consacré « l’inventeur du christianisme »* avec talent.Le propos est d’actualité.

  • Léon Poliakov ; Avertissement, Histoire de l’antisémitisme, t3 ;(Calmann –Lévy)
  • Hyam Maccoby «  Paul et l’invention du christianisme » (Lieu Commun)

*Claude Berger « Pourquoi l’antisémitisme ? » (Editions de Paris, Max Chaleil)

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