faq1/ le Kibboutz urbain, c’est quoi ?

Le Kibboutz urbain est une association de personnes qui, quelles que soient leurs conditions sociales, les origines, l’âge ou le sexe, s’unissent afin de mettre en commun et d’échanger revenus, savoirs, compétences, et d’une manière plus générale projet, entraide et solidarité a contrario du chacun pour soi de la condition de l’emploi salarié. A l’inverse du kibboutz originel, le Kibboutz urbain comme son nom l’indique, se développe en ville. Il ne s’agit pas d’une communauté autarcique se situant à  l’écart de la société. D’une manière plus générale, le Kibboutz urbain a pour ambition de soustraire les individus de la loi du marché du travail et de son corollaire le salariat et des logiques de profit, de rentabilité et de consumérisme. Il a pour ambition de changer les mentalités individualistes dans le sens de l’entraide collective de ses adhérents ou de ses sympathisants.

2/ Le kibboutz est né et existe en Israël. Peut-on imaginer le voir naître en France ?

Nous y oeuvrons!

L’association Kibboutz Urbain a pour objectif la création du premier kibboutz urbain en Île de France.

Il y a aujourd’hui plus de 220 kibboutzim urbains en Israël en particulier dans les zones les plus pauvres (notamment Sderot). Il s’agit de ce fait d’une expérience de solidarité humaine qui se substitue à la loi du marché du travail et qui a une portée
universelle et dont la France et les autres pays ont tout à gagner à s’en inspirer. Il ne s’agit plus de se satisfaire de discours «  contre le système » mais d’inventer ce pourquoi on est « pour».

3/ Le Kibboutz urbain est-il ouvert à tout le monde?

Evidemment ! Le fait que le kibboutz d’abord puis le kibboutz urbain ensuite soient nés en Israël  invite à  sortir des clichés imbéciles selon lesquels l’Etat d’Israël constituerait par essence un paradigme de pratiques racistes et d’apartheid. En outre le kibboutz, qu’il soit urbain ou non, plonge ses racines philosophiques chez des auteurs qui à l’instar de Marx ou Kropotkine entendaient opposer l’association des travailleurs entre eux à la logique marchande inhérente au système du salariat. En effet, celui-ci est construit sur le fait que des individus désolidarisés les uns vis-à-vis des autres, vendent leur force de travail sur un marché concurrentiel du même nom. De là, la transformation de la valeur travail en marchandises. C’est contre un tel processus que le kibboutz urbain a sa raison d’être : il s’agit de recréer des liens de solidarité et d’échange et de communication en dehors du lieu de travail et de soumettre la production aux communautés ainsi créées, et non l’inverse c’est-à-dire la soumission des consommateurs aux produits marchands motivés par la seule règle du profit.

4/ un bagage doctrinal est-il nécessaire pour rejoindre ou créer un kibboutz urbain ? Dois-je avoir lu Marx, Proudhon, Bakounine, Kropotkine ou Moses Hess ?

Non pas nécessairement. L’essentiel est d’être animé du désir de sortir des échanges marchands et de concevoir un rapport entre les êtres humains qui ne soit pas fondé sur le salariat et sur la désolidarisation citoyenne qui lui est attachée. L’enrichissement culturel est de toutes les façons au programme du kibboutz urbain.

5/ qu’est-ce qu’un jeune vivant dans la France d’aujourd’hui pourrait espérer de la naissance de kibboutz urbains en France ?

De nombreux jeunes ressentent le manque de perspectives, le manque d’idéal humaniste de nos sociétés tiraillées par le chômage, l’explosion du marché du travail, l’idéologie de la croissance permanente et l’appât du consumérisme. Nombreux sont ceux qui ressentent le besoin de donner un autre sens à l’existence que la satisfaction des besoins individuels en affirmant la primauté de la solidarité collective en accord avec le sens de la préservation de l’environnement. Le projet d’un mouvement social de kibboutzim urbains porte l’ambition d’une transformation radicale de nos sociétés, il oppose le projet du concept de l’association à celui du salariat concurrentiel.

Tout indique que nous nous dirigeons vers une crise du salariat du fait du surnombre des demandeurs d’emplois et de l’importance des flux migratoires à venir, tout comme il y eut dans l’antiquité une crise de l’esclavagisme en raison du surnombre des prisonniers de guerre transformés en esclaves. En cela, la création de kibboutz urbain offre de nouvelles perspectives à saisir.

6/ Quelles conditions dois-je remplir pour adhérer à un kibboutz urbain ?

UNE VOLONTÉ DE S’INSCRIRE DANS CE MOUVEMENT

– UN MINIMUM DE COMPRÉHENSION DU FONCTIONNEMENT DE NOS SOCIÉTÉS
REPOSANT SUR LE SALARIAT

– UNE VOLONTÉ DE SORTIR DE LA SOCIÉTÉ MARCHANDE

– UNE ADHÉSION DE PRINCIPE AU MOUVEMENT DES IDÉES ET AUX ACTIONS DE
L’ASSOCIATION

7/ Pour fonder un kibboutz urbain, faut-il habiter le même immeuble ou le même quartier ?

Préférable mais pas nécessaire. Il n’y a pas de modèle préexistant au kibboutz urbain. A chacun de faire jouer son imagination et créer de nouvelles formes de solidarité et d’échanges entre les individus que ceux-ci soient voisins ou pas.

8/ Pour beaucoup de gens le kibboutz est associé au travail de la terre. N’y a-t-il pas une contradiction entre ce qui relève de la ville et le kibboutz ?

Précisément,  si le  Kibboutz urbain reprend l’esprit originel des membres fondateurs des kibboutzim, il ne s’agit pas d’une simple reproduction du modèle kibboutznik qui existait dans les années 50. Au contraire le kibboutz urbain a opéré une modernisation des formes associatives, se  débarrassant d’un certain nombre de scories idéologiques. Dès lors, il n’existe pas de contradiction entre le fait de vivre en ville et la possibilité d’y créer un kibboutz.

9/ le Kibboutz urbain n’est-il pas une utopie aujourd’hui dépassée à l’heure de la mondialisation ?

C’est au contraire l’inverse, c’est la réponse la plus crédible à la mondialisation du marché du travail qui précède  celle des produits, mondialisation du travail salarié, concurrentiel, mondialisation du travail –marchandise « compétitif », ce que font mine d’oublier politiciens et ceux qui font discours de « défendre les travailleurs » par la revendication ou la distribution. Dirigées à première vue « contre l’exploitation », elles ne font que pousser à la recherche de mains d’œuvre moins chères et favorisent l’extension du marché concurrentiel du travail avec pour corollaire la destruction des solidarités communautaires et culturelles. C’est ici que le Kibboutz urbain peut pallier cet état de fait mortifère en inventant des logiques de solidarité et des projets culturels collectifs.

10/ Pour beaucoup de gens le kibboutz reste associé au monde communiste. N’y a-t-il pas une contradiction entre le kibboutz et le retour aux racines juives qui a motivé la création d’Israël ?

Le monde communiste reposait sur un capitalisme d’Etat et donc sur un salariat d’Etat pire que  le salariat privé. Rétrospectivement, il ne faisait qu’implanter le salariat dans des pays tyranniques peuplés de paysans souvent encore serfs. Il y ajoutait la violence et la religiosité politique et l’idolâtrie. Le marché du travail et le salariat sont nés en Europe au XIVe siècle. Le kibboutz puis le kibboutz urbain sont nés en Israël. Ce n’est sans doute pas un hasard du fait que le judaïsme repose sur le sens communautaire. Au cours du XIXe siècle de nombreux essais de communautés closes avaient été tentées en Europe et aux USA sans jamais devoir perdurer a contrario du mouvement kibboutzique

11/ le kibboutz urbain est-il une forme parmi d’autres de ce que l’on appelle économie participative ?

Le développement des nouvelles technologies, l’apparition de nouveaux espaces de production reposant sur la communication et un investissement matériel moindre, autorisent de nouveaux types d’entreprise et de nouveaux types de produits. Les procès de production ne requièrent pas la division du travail en usage dans la production industrielle. Ces nouveaux espaces ne sont pas pour autant porteurs d’un changement de société ni d’un changement du statut du travail-marchandise. Ils n’instaurent pas un rapport d’association en dehors de l’entreprise, celle-ci finissant d’ailleurs souvent rachetée par plus gros qu’elle, une fois sa compétitivité prouvée.

12/ Quelle différence entre un kibboutz urbain et une coopérative ?

Même critique pour les coopératives héritées de la pensée proudhonienne. Si elles instaurent le pouvoir des travailleurs et l’autogestion dans la marche de l’entreprise, elles ne changent pas la logique du marché des produits, marché concurrentiel déterminant les besoins non essentiels et reposant sur le marché du travail. Le kibboutz urbain instaure une structure d’association hors de l’entreprise ou des entreprises, quitte à peser ensuite sur la détermination des besoins et des produits conséquents et il entend supprimer le calcul tout à fait arbitraire de la valeur travail pour tendre vers l’égalité dans la satisfaction des besoins essentiels : la nourriture, le logement, l’éducation, l’accès à la culture.

13/ Dans votre profession de foi, vous évoquez les flux migratoires, n’est-ce pas hors sujet ?

Face à la revendication, le capitalisme soit exporte ses fabriques en quête de mains d’œuvre moins chères, soit favorise l’importation de mains d’œuvre concurrentielles sans tenir compte des matrices culturelles des « importés », soit robotise, soit innove en quête de nouveaux produits. C’est un processus et il est important d’en saisir le mouvement sans en dissocier les éléments. Cette robotisation et ce recours à la science comme force productive motivés par la volonté de diminuer le coût de la main d’œuvre ne nourrissent pas par ailleurs l’espoir de voir le temps de travail  diminuer au profit du temps consacré au loisir et à la culture comme cela serait souhaitable. Par ailleurs, face à l’extension mondiale du salariat et du marché du travail, les formes culturelles communautaires et les religions ou croyances qui assuraient l’hégémonie sociale des pays peu développés d’Afrique ou d’Asie s’effondrent et sont tentées de verser dans la violence ou dans la dictature théocratique par crainte de disparaître, c’est le cas de certaines formes d’animisme c’est le cas de l’islam pour lequel la liberté de circulation et l’émancipation des femmes sur le marché du travail est contradictoire. La perte identitaire n’affecte pas que les pays confrontés aux flux migratoires, elle affecte donc aussi les pays exportateurs de mains d’œuvre. Cette migration massive qui va de pair avec le déclin des formes culturelles anciennes, jette des millions de migrants en surnombre sur les rives des continents développés : une crise du salariat se profile à l’horizon. Là aussi le modèle du kibboutz urbain peut favoriser un autre type de développement dans les pays non développés. Et le développement d’un mouvement pour les kibboutz urbains en France devra envisager des formes de solidarité avec les pays non développés y compris en exigeant l’égalité des rémunérations pour un même travail quel que soit le lieu où il est effectué.

14/ Le kibboutz urbain se positionne-t-il politiquement ?

Pas au sens politicien du terme. Le mouvement du kibboutz urbain se veut apartidaire. Nous pensons que la transformation de nos sociétés se fera par un mouvement social et non pas par le jeu des partis attachés à la conservation du désordre existant.

Le kibboutz urbain se propose de transmettre les richesses culturelles et parmi elles, les pensées des auteurs qui permettent de comprendre la réalité. Le 20 ème et  le 21ème siècle ont vu le nazisme et le bolchevisme triompher puis chuter. Le nazisme a fomenté la Shoah, l’extermination des Juifs et des tziganes. La chute du communisme et la chute de la social-démocratie ont démontré l’inanité du capitalisme et du salariat d’Etat, de même les échecs de la social-démocratie croyant à la régulation du capitalisme libéral pour une distribution plus juste ont montré les limites et l’erreur fondamentale de la pensée social-démocrate. D’où la crise politique actuelle et la sensation d’impasse et d’absence de perspectives.

15/  On a pu constater ces dernières années une vague de suicides dans telle ou telle entreprise publique tout comme on constate une nette augmentation de l’usage d’antidépresseurs absorbés par les salariés.

Le travail salarié est une forme d’esclavage moderne. L’oppression qu’il exerce  ne se manifeste que par ses effets : dépression, suicide, mal-être. Il conjugue deux processus : une extorsion de temps de travail non payé et de même une extorsion de pouvoir social qui file vers la hiérarchie du travail ou vers la classe politique. «  Le destin de l’homme est-il celui d’un mercenaire qui court après son salaire ?» est-il écrit dans Job. Le fait de se vendre sur un marché et de façonner un CV correspondant en est l’illustration. Contraint de subvenir à ses besoins, le salarié y va de lui-même contrairement à l’esclave ou au serf : l’oppression y est intériorisée. Plus besoin de police pour aller au travail.